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HISTOIRE DE SAINS-RICHAUMONT


L'Histoire de Sains-Richaumont

Sains doit sa naissance, dit-on, à la découverte, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, de plusieurs corps de saints. Si nous en ignorons les noms, l'étymologie du mot "Sains" (du latin "Sanctus", désignant un sanctuaire où étaient conservées des reliques de saints) confirme cette hypothèse. La nouvelle s'étant répandue, de toutes parts des pèlerins accoururent. À cet endroit, ils élevèrent un oratoire, construisirent quelques cabanes : une agglomération venait de naître.
La naissance de Richaumont est plus traditionnelle. Quelques cabanes, groupées autour d'une mare, d'une fontaine, formèrent un "curtis" (cour : exploitation rurale), propriété de "Richer", nom d'homme germanique qui, avec le latin "mons" (mont) forma le mot "Richaumont". Hameau détaché de Sains : "Sains et Richaumont", Richaumont le resta jusqu'en 1883 lorsqu'un décret, signé du Président de la République, Jules Grévy, le rattacha au mot Sains par un trait d'union et en fit : "Sains-Richaumont".
Le premier essor de la population commence au XIIème siècle, avec l'époque féodale.

Renier II de Guise (1158), hérita du terroir de Sains et prit le nom de Renier Ier de Sains. Sur une élévation naturelle, il y fit construire un château, construction en pierres des plus simples, entourée d'une palissade en bois et d'un fossé. L'édifice s'agrandit sans toutefois atteindre les dimensions d'un château-fort. La famille de Sains ne resta pas très longtemps maître de la terre du même nom, une alliance la fit tomber dans les mains de la famille de Châtillon puis dans celle de Jumont, des de Moÿ, des de Lorraine, des de Ligne et aboutit, au début du XVIIIème siècle chez les Foreau de Vauléger dont le gendre, Philippe François de Montaigle, fut, à la veille de la Révolution, le dernier seigneur de Sains.

Le 25 mars 1794, Le château fut vendu comme bien national à Noël Sandron. Après cette vente, le château fut détruit de fond en comble ; les tours, la prison, le mur d’enceinte, le corps de logis tombèrent sous le marteau des démolisseurs. Aujourd’hui, rien ne subsiste de cet édifice. À sa place, un lotissement a vu le jour, s’appelant "Le château", il perpétue le souvenir d'une ancienne demeure seigneuriale, à signaler également : la « rue de la tour à chiens ».

L’église de Sains, dédiée à saint Martin, fût bâtie au XIIème siècle, vraisemblablement à l’emplacement de l’oratoire. De cette époque, il nous reste la base du clocher et les fonts baptismaux en pierre bleue de Tournai qui sont les plus vieux témoins du passé de Sains-Richaumont. Au XVIIème siècle la « tour-clocher » fut remaniée, la récente découverte de deux meurtrières en atteste. Il y a lieu de remarquer l’emplacement de cette église, sur un petit monticule et excentré du bourg. Vers 1830, les dimensions de l'église n'étaient plus en rapport avec le nombre toujours croissant des paroissiens venus assister à la messe du Dimanche. À cause de l'exiguïté des lieux, une grande partie des fidèles suivait dehors le déroulement de l'office. La décision de reconstruire l'église sur ces anciennes bases fut prise par le conseil de fabrique de concert avec la municipalité après avoir reçu l'assurance d'une aide de l'Etat. Les travaux durèrent 20 ans : la première phase débuta en 1865, elle concernait l'édification du bas-côté sud. La deuxième, en 1873, vit l'élévation du bas-côté nord et des murs de la nef. Enfin, en 1883, la remise en état du chœur marqua la fin des travaux. Le 13 mai 1885, monseigneur, Odon Thibaudier, évêque de Soissons et de Laon, consacra la nouvelle église.

L'implantation de la mulquinerie en Thiérache, au XVIIème siècle, engendra un nouvel essor de la population (à Richaumont, une cave de mulquinier est datée "1610"). La mulquinerie est la fabrication de toiles fines ne se composant que de lin. Nous savons qu'en 1760, avec 1620 habitants, le bourg de Sains-Richaumont comptait 191 mulquiniers (ouvrier tisserand fabriquant des étoffes de batiste et linon). Pendant près de deux siècles, le bourg de Sains et les communes environnantes comptèrent de nombreux ateliers tissant le lin. Le métier à tisser "estille à marquinier", dans le patois picard, était installé, généralement par deux, dans une cave semi-enterrée pour y maintenir humide et souple la matière à tisser. Plusieurs soupiraux introduisaient la lumière dans cet endroit bâti de pierres calcaires blanches pour la luminosité, surmontées d'une solide voûte.

Les mulquiniers tissaient en famille de longues bandes de toile ne dépassant pas un mètre. Au début du XIXème siècle le tissage des toiles de laine succéda à celui du lin, les tisseurs à la main, fils et successeurs des mulquiniers, formèrent à Sains-Richaumont une classe à part, une classe aisée. Devant la demande, sans cesse croissante de matière première, Jean-Louis David, né à Sains en 1805, pensa, pour répondre aux besoins des tisseurs à la main, construire une filature mécanique analogue à celles de Reims et de Saint-Quentin. Celle-ci vit le jour en 1845. Rapidement, elle put fournir un fil solide et de qualité. Avec cette première mécanisation, Sains devint prospère. Jean-Louis David mourut jeune, en 1860. Dans le cimetière communal, sur la pierre tombale, est gravée : "À la mémoire de Jean-Louis David-Labbez, fabricant et filateur, inventeur du peigne à épeulin".

Quelques années avant la guerre de 1870, le tissage mécanique s'empara de la fabrication manuelle de toutes les étoffes de laine. À la fin du siècle, ils avaient remplacé totalement cette catégorie de travailleurs. En 1889, il y avait à Sains deux tissages mécaniques de laine peignée : celui de David-Labbez fils et Cie et celui de Hulin, et une filature de laine : celle de Moroy et Cie. Pendant la première guerre mondiale, les Allemands pillèrent les trois usines. Après leur départ, en 1918, tout le matériel avait disparu. La paix revenue, des métiers à tisser furent réinstallés. En 1920, Sains-Richaumont est crédité de trois tissages mécaniques : Vaillant-Pruvot, Bayard et fils et Divry et Cie. En 1933, il y a toujours trois tissages : Millet-Boivin, la société textile du nord de l'Aisne et Divry et Cie. Dans les années suivantes, la société Bourlet-Dandre s'implanta à Sains-Richaumont. Après rachat des trois tissages, elle devint seule propriétaire de l'industrie textile dans le bourg. La crise du textile, devenue un fléau dans le Nord de la France, entraîna la fermeture définitive de l'usine le 18 juin 1976.

Fin août 1914, Sains-Richaumont se retrouva au centre de la bataille de Guise, plusieurs maisons autour de la place des Prêlets furent détruites. Puis la population souffrit de quatre années d’occupation.

Dominique LEMAIRE, septembre 2016